Posidonie et Yachting – Entre protection de l’environnement et intérêt économique

Face à la dégradation des herbiers de posidonie le long du littoral méditerranéen, la Préfecture maritime a règlementé le mouillage et l’arrêt de la plupart des yachts dans le département des Alpes-Maritimes en considérant que les actions de mouiller et de s’arrêter constituaient l’un des principaux facteurs de dégradation de cette biodiversité. Or, force est de constater que l’intérêt environnemental s’oppose à des intérêts économiques et des conflits d’usage.

La posidonie est une algue maritime endémique protégée au titre des réglementations internationale, européenne et nationale. L’ancrage dans les herbiers méditerranées formés par la posidonie est l’une des cause importante de régression de l’espèce. Or, ces herbiers, encore largement méconnus du grand public, tiennent une place essentielle dans la stabilité de l’éco système marin.

La structure de la posidonie permet notamment de piéger le carbone dans leur important système racinaire souterrain, tandis que la canopée des feuilles sert d’abri à une faune marine, atténue la houle et ainsi protège de l’érosion

Une protection de l’environnement

Une dégradation de cette espèce est constatée depuis de nombreuses années notamment du fait de l’emplacement de cet algue à proximité des zones littorales qui concentrent une forte activité urbaine (infrastructures portuaires, rejets des eaux usés, construction de digues) et humaines (tourisme, , activités nautiques)

Parmi les sources d’impacts qui participent à la destruction des herbiers, les autorités pointent notamment du doigt l’ancrage des yachts en méditerranée

Les études scientifiques ont montré que lors d’un ancrage, si l’ancre en elle-même n’a qu’une action réduite sur l’herbier, trois phases provoquent une action de destruction importante :

  • Les manœuvres du navire constituant à stabiliser cet ancrage
  • Les mouvements de l’unité provoqué par le vent et les courants
  • La remontée de l’ancre qui provoque un phénomène de labourage et de creusement de la matte en profondeur de l’herbier sur une distance correspondante à la longueur de la chaîne

L’impact sur les herbiers de posidonie est prégnant du fait de la densité des unités, sur une même zone de mouillage et durant une période concentrée de l’année.

L’ancrage des grandes unités induit une destruction massive l’habitat avec pour conséquence une destruction de l’éco système à long terme

Fort de ce constat, après une phase de consultation publique, la Préfecture maritime de la Méditerranée a règlementé le mouillage et l’arrêt des navires de plus de 24 mètres dans le département des Alpes-Maritimes en considérant que les actions de mouiller et de s’arrêter des navires français et étranger, à savoir le fait d’immobiliser le navire d’une ancre reposant sur le fond de la mer, participent à l’aggravation de la dégradation des herbiers de posidonie

Par deux arrêtés du 14 octobre 2020, le Préfet maritime a élaboré des zones d’interdiction de mouillage pour les yachts de longueur hors-tout supérieure ou égale à 24 mètres avec un seuil abaissé à 20 mètres pour certaines zones.

Des considérations économiques

Or, force est de constater que l’intérêt environnemental s’oppose à des intérêts économiques et des conflits d’usage.

Certaines associations représentatives de la plaisance professionnelle, dénoncent l’impact économique de ces interdictions et souhaitent une révision des zones d’exclusion des mouillages des yachts.

Tout en assurant de la conscience environnementale des gens de mer, le yachting reproche aux autorités d’être considéré comme principal responsable de la destruction des herbiers de posidonie et d’oublier d’autres facteurs écocides comme :

  • la pollution tellurique notamment en saison estivale (couloirs d’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales des zones urbaines)
  • la construction et le développement des infrastructures portuaires
  • la construction de digues et d’enrochements
  • l’ensablement des plages

En outre, les professionnels de la mer pointent du doigt un risque de sécurité maritime pour les équipages et les clients, en obligeant des unités à mouiller en eaux profondes sans considération de leur catégorie d’armement

Enfin, les professionnels alertent sur l’absence d’harmonisation avec les Etats frontaliers avec une fuite de la clientèle vers d’autres plans d’eau méditerranéens non soumis à ces restrictions et, en conséquence, une perte économique pour le secteur du yachting français et par ricochet de l’activité du territoire littoral.

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